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RADIO P.R.2.0


Par : Louis Bonneville

 

Intervenant à différents titres dans l’industrie musicale depuis plus de 20 ans, son parcours de mélomane et de collectionneur de disques vinyle lui permet de découvrir et d’analyser un nombre considérable d’albums.


 

 

 

 

 


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Patti Smith Group
Radio Ethiopia
Arista Records (1976)

201 117
41:15
7/10

L’album Radio Ethiopia : le cri primal d’une poétesse chamanique

La contre-culture new-yorkaise trouva en Patti Smith un puissant porte-étendard féminin se profilant au-dessus du tumulte musical ambiant au milieu des années soixante-dix. C’est avec son premier album Horses, devenu une œuvre culte, que l’artiste devint ainsi une suite logique au mystérieux et intrigant groupe The Velvet Underground, projet créé par le laboratoire de création artistique The Factory d’Andy Warhol. Lou Reed et John Cale, les noyaux du Velvet, plantèrent dans l’imaginaire des mélomanes les semences frêles d’un style urbain subversif, demeurées d’ailleurs en constant réenracinement dans la perception de l’auditeur par ses expérimentations souvent troubles. Smith n’est certainement pas une exception de ce genre. Sachant que John Cale fut le réalisateur de Horses, le parallèle ne peut que se dresser d’emblée.

La rockeuse chamanique s’est aujourd’hui astreinte de porter l’étrange étiquette godmother of punk qu’on lui a médiatiquement imposée telle une balafre au corps, statut qui se révèle majoritairement faux. Cet identifiant réfère sûrement en partie à sa vie misérable, aux allures chaotiques, lors de ses premières années de résidence à New York à la fin des années soixante. Durant cette période, elle tentait financièrement de survivre d’un boulot à l’autre, tout en proposant parallèlement ses formes d’arts variés encore en élaboration : photographie, peinture, musique et, notamment, poésie. Cette brève période du parcours s’avère en fait bien plus près de l’image d’une bohémienne intello-urbaine que de celle d’une punk. Certes, l’association est facilement présumable, entre autres si on se réfère aux thèmes toxicomaniaques évoqués dans l’œuvre.

Radio Ethiopia, ce second album de Smith, m’apparait comme étant son plus significatif en carrière. Dès l’écoute initiale, on remarque d’entrée de jeu le bouillonnement d’expérimentations qui aurait d’ailleurs pu faire facilement dériver l’œuvre jusqu’à ce qu’elle en devienne une folle girouette. Toutefois, les solides assises des pièces firent en sorte de ne pas entraver outre mesure l’aplomb conceptuel de l’album. Il sera par contre confronté, dès sa sortie, à l’une des plus arides réceptions de l’histoire du rock. Subséquemment, il tente toujours d’émerger de son engloutissement au cœur des méandres du dédain des plumes des hautes instances littéraires du rock. Est-ce que la contre-plongée musicale de Smith fut effectuée d’un promontoire trop arqué et provoqua ainsi un étrange vertige des regards auditifs de ses détracteurs méfiants ? Dans une hypothétique perspective allégorique, soit d’un saut sans filet vers l’expérimental, pourrait-on ainsi mentaliser que lorsque Patti refit surface des profondeurs, où elle fut submergée par des abîmes artistiques insondables, qu’une toute nouvelle approche de nature viscérale singulière s’imposa à elle virulemment ? C’est de sa voix hurlante d’eurythmie schizophrénique, marquée d’une vive ponctuation de rythmicité lyrique, côtoyant fréquemment le cri primal, qu’elle y moula avec éloquence sa poésie rude et nerveuse. Cette supposée procédure de travail expose un vif exercice de genre culminant jusqu’à Radio Ethiopia. Force est d’admettre qu’une recherche artistico-musicale d’inspiration fougueuse du genre peut facilement réussir à déstabiliser l’oreille de l’auditeur, et vraisemblablement même celle d’un critique averti.

Le Patti Smith Group, à ce moment de création, est un solide ensemble de musiciens qui certes sait très bien la trajectoire artistique qu’il doit suivre. Par contre, lors d’une analyse approfondie, force est de constater qu’il n’a tout de même pas réussi à se hisser au niveau de l’intense démarche de son pilier brûlant. On perçoit qu’il tente tant bien que mal de porter à son apogée l’immense flamme artistique étincelante, qui malheureusement ne semble que brûler les doigts de ses éléments : le flambeau sautille d’un musicien à l’autre sans qu’aucun d’eux ne réussisse à l’alimenter avec l’ardeur qu’il se doit pour que le feu du témoin soit immuablement significatif. Situation récurrente qui, dans un constat global de sa carrière, fut malheureusement trop souvent la goutte d’eau sur le brasier.

En novembre 2015, je visitai à la marche les rues de Munich. En longeant les murs de ses bâtiments, pour tenter de m’abriter de la pluie ambiante, je tombai sur un disquaire qui en bout de recherches valut vraiment la peine que je m’y attarde. Dans la section des nouveaux arrivages située sur le comptoir de vente, je dénichai Radio Ethiopia dans une version allemande rééditée de 1979, album que je n’avais pas eu la chance de dégoter encore après toutes ces années de recherche.

Cette œuvre s’inscrit certainement comme étant un segment essentiel de l’histoire musicale underground de la côte Est des États-Unis. Du peu de reconnaissance que l’album reçu, l’important magazine britannique Mojo se hasarda à l’inclure dans son ouvrage de 2001 intitulé 1000 The Ultimate CD Buyers Guide. Soit dit en passant, l’écoute de cet album peut être préférable avec une certaine modération. On s’assure ainsi ne pas sombrer trop profondément dans ce poignant gouffre artistique de Smith et risquer d’y demeurer englouti...


Patti Smith Group — Ain't It Strange —

Patti Smith — Entrevue 1976 —




Photo : Morrison Hotel Gallery
Prise par : Bob Gruen
9 juillet 1976 au Central Park, NYC.


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