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Par : Louis Bonneville

 

Intervenant à différents titres dans l’industrie musicale depuis plus de 20 ans, son parcours de mélomane et de collectionneur de disques vinyle lui permet de découvrir et d’analyser un nombre considérable d’albums.

 

 

 

 

 


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The Humours Of
Lewis Furey
A&M Records (1976)

SP-4594
31:48
7/10

L’album The Humours Of : un projet singulier de Lewis Furey réalisé par Roy Thomas Baker

L’idée de catégoriser l’art musical de l’énigmatique iconoclaste Lewis Furey, notamment son album The Humours Of, peut vite se transformer en une démarche passablement aventureuse. Certes, à l’analyse, on reconnait en filigrane des aspects d’influence bigarrés dans l’œuvre, mais aucun d’eux n’en expose une couleur prédominante. Notant que 1976 est l’année où Lewis Furey lance son deuxième album, qu’en est-il du bouillon culturel de l’année précédente ? A-t-il teinté implicitement ou explicitement la démarche créative du Montréalais ? Cet éventail de vogues de 1975 peut s’afficher tel que les humeurs de Lewis Furey, soient fantaisistes, exubérantes et extravagantes. Ces tendances sont Disco-funk, Glam rock, Underground music, Art rock et Rock musical, et elles se traduisent par la comédie musicale The Rocky Horror Show transposée au grand écran, l’opéra rock Tommy du groupe The Who adapté au cinéma, la nomination aux Oscars de Paul Williams pour sa bande sonore du film pastiche Phantom of the Paradise, le décevant album de T. Rex Bolan’s Zip Gun, l’album marquant Another Green World de Brian Eno, l’album à succès Young Americans de David Bowie, le cinquième album de Roxy Music Siren, le convainquant album de John Cale Helen of Troy, le ixième album de Elton John Rock of the Westies, le poétique et subversif album Horses de Patti Smith, l’album en spectacle Nighthawks at the Diner de Tom Waits, l’effort anglophone de Michel Polnareff Fame à la Mode et les albums éponymes de K.C. & The Sunshine Band et celui de Ian Hunter. Mais cette année survoltée, dense et dansante s’expose surtout par le fabuleux chef-d’œuvre A Night at the Opera du groupe Queen.

Cet album, qui a littéralement envahi les tables tournantes chez les Occidentaux, est à sa sortie la réalisation la plus coûteuse de l’histoire du rock. Queen en est déjà avec cet opéra rock à son quatrième opus en autant d’années de carrière, tous co-réalisés avec le prolifique et coloré Roy Thomas Baker et produits par le label Elektra Records. En plus du rayonnement de Elektra dans les années soixante-dix, A&M Records est un autre label qui se positionne comme un joueur de premier plan sur l’échiquier musical. En 1975, cette société californienne est en pleine expansion et a le vent dans les voiles avec des artistes de grande visibilité tels que Captain & Tenille, Carpenters, Joan Baez, Joe Cocker, Carole King et Cat Stevens, ce dernier partageant la même gérance que Lewis Furey. Pour la petite histoire, Cat Stevens découvre, par l’entremise de son imprésario Barry Krost, le premier album éponyme de Furey enregistré à l’aurore du célèbre « Le Studio » à Morin-Heights en 1975. Avec ce récent intérêt pour ce lieu, Stevens devient ainsi le premier d’une longue liste d’artistes connus internationalement qui convergeront pendant plus d’une décennie vers cette enceinte de création québécoise, dont de grosses pointures sous contrat chez A&M.

En constatant le pouvoir de la mise en marché d’albums chez A&M et le potentiel de Furey, est-ce qu’on peut supposer qu’il a été placé en haut de liste dans un plan d’expansion de leurs artistes émergents, et qu’ainsi il disposait de moyens importants pour la création de son deuxième album ? Il est difficile de prétendre le contraire sachant que Lewis s’installe sur Curzon Street à Londres trois mois durant, où il travaille au Sarm Studios sous la direction du réalisateur Roy Thomas Baker pour y réaliser The Humours Of. À ce moment charnière de sa carrière, Furey est tout comme un ovni survolant le monde de la pop, le parcours pouvant présumer de la provenance de l’objet non identifié : formation classique en bas âge, profil du violoniste prodigue (et aussi à l’alto), pianiste admirable, intérêt marqué pour la période berlinoise du compositeur Kurt Weill, début de cheminement poétique apparenté à celui de Leonard Cohen, passion pour la poésie de Federico Garcia Lorca et contact viscéral et inusité avec l’underground new-yorkais avant l’aube de sa carrière. Cet album est tout aussi surprenant que le cheminement de l’artiste, il est à la fois un tango funeste, une angoissante boîte à musique, un cirque surréaliste, une discothèque sexuelle et un cabaret déjanté.

De prime abord, sous quel angle de perspective Baker s’est-il positionné pour envisager la façon pertinente d’insuffler à l’œuvre une signature sonore ? Se questionna-t-il à savoir s’il disposait avec Furey de l’artiste solo qu’il pourrait modeler en vedette Glam rock pour en incarner ainsi l’alter ego de son travail idyllique avec le groupe Queen ? Est-ce qu’il voulut élever Furey au niveau de la réalisation et de la sophistication sonore de celui de Queen ? Est-ce qu’il mijota l’idée de faire valoir son travail pour Furey, parallèlement à celui de Tony Visconti pour David Bowie ? Quoi qu’il en soit des aspirations du néo-dandy anglais envers ce projet, on constate, avec ce rendu, qu’il a mis en place un environnement de travail de haut standard pour Furey, étant probablement d’une envergure sans précédent pour un artiste québécois à cette époque. Suite à A Night at the Opera, Baker, pour ce nouveau projet, réitère son alliance avec l’ingénieur de son Gary Lyons et l’assistant-ingénieur Rick Curtain. Trois solides musiciens de studio se joignent à l’équipe, soit le guitariste Ricky Hitchcock, le batteur Henry Spinetti et le multi-instrumentiste Graham Preskett, agissant ici à titre de bassiste et arrangeur.

Si la symbiose artistique entre Furey et Baker semble plutôt se manifester en des tenants de style, est-elle du moins plus sentie au niveau de l’importance qu’ils accordent aux chœurs dans la musique pop ? Tout un champ vocal oriente l’œuvre, lui attribuant ainsi l’axe de sa signature sonore. D’ailleurs, précisons ici que l’approche texturée à souhait de Baker, un fanatique d’effets stéréophoniques et de volume excessif, divise les opinions à l’égard de sa qualité. Sans surprise, quelques détracteurs, mélomanes et critiques, prétendent que cet album sonne mal ou du moins qu’il a un son strident. Cela dénote néanmoins que la sonorité Glam rock des années soixante-dix ne fait pas ipso facto dans la dentelle.

L’œuvre s’ouvre et se referme à la fois avec un court morceau instrumental intitulé Cops Ballet, ce qui peut donner une impression que l’album de type concept tourne en boucle à l’infini dans une ambiance d’un théâtre lugubre. De fait, est-ce que l’une des pages d’une partition de Bartók serait tombée dans un mélangeur électrique ? Cette pièce est originalement issue d’une trame sonore composée par Furey pour le film La tête de Normande St-Onge. Le cinéaste Gilles Carle, le Fellini des bois abitibien, signe ce film de 1975, celui à l’approche le plus surréaliste de sa carrière (mis à part un essai poétique en 16 mm L’Ange et la femme de 1978). Ce thème musical sert justement de soutien à toute la trame onirique du film. Cette aventure cinématographique aura une incidence fondamentale sur le parcours artistique et personnel de Furey, enfin, cela est une autre histoire…

La sortie de cet album marque malheureusement la fin d’une possible collaboration future entre Furey et A&M. Est-ce que le faible succès commercial a eu raison de leur entente ? Malgré même la réédition numérique de 2010, l’album demeure d’un rayonnement très obscur sur l’auditoire potentiel, ce qui en fait sans doute le secret le mieux gardé de l’histoire du glam, voire du rock au sens large. L’aventure musicale se poursuivra pour un temps sous l’aile de RCA Records, laissant de nouveau le marché canadien au label Aquarius Records.

Peu importe le succès de cet album, il demeure bien raciné pour témoigner du génie stupéfiant de l’artiste et pour exposer un coup d’éclat de plus chez le réalisateur à succès. Sans trop vouloir porter un regard à caractère psychanalytique sur l’œuvre The Humours Of, n’empêche, est-il possible de prétendre qu’elle soit celle de la carrière de Lewis qui reflète le plus l’aspiration de métamorphoser résolument le jeune Greenblatt en l’artiste Furey ?


Lewis Furey  — The Humours Of —
https://play.spotify.com/album/2ebb3x8HpocoM9bM0nzRjL

Lewis Furey à Paris le 27 septembre 1977. Photo : Getty Images/Jack Garofalo



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